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Biarritz 2022 - Le tutu, les croc's et le béret

Biarritz2p

Cette première édition du marathon international de Biarritz restera dans les mémoires (la mienne en tous cas) comme une belle désirée qui se mérite… pourtant on était prévenus avec le magnifique profil de course dévoilé très tôt par l'organisation.

La météo de la semaine avait de quoi inquiéter un peu, jusqu’à l'ultime averse de grêle la veille au soir. Heureusement de ce côté là, dimanche un ciel bleu et une température presque trop chaude remplaceront peu à peu le temps gris et humide du départ de la course.

Samedi soir, c’est avec quelques salades composées récupérées au Carrefour Market du coin que j'ai fait pasta party, le resto de mon hôtel étant blindé et eux-mêmes pas super motivés pour accueillir un coureur solo, débordés qu’ils étaient par deux tablées de marathoniens (soupir), j’ai apprécié moyennement cet accueil souriant… 

 

Le départ à 7 heures se révélera une excellente initiative censée nous éviter les possibles coups de soleil. C’est donc à l’aube après 2km de marche tranquille que je retrouvais une petite équipe de Courir Le Monde historiques pour la photo d'avant départ, au stade Aguilera, le fameux stade du Biarritz Olympique. Les Bikila, Palmero, Cricri, LeGna, Régis, Grenouille, Pascal-Chantal, et un peu plus loin not’ Bagnard et Cagouille étaient tous impatients de découvrir cette première édition!

Aujourd’hui je cours pour Laurette Fugain, et je serai seul Violeta en course, seul tutu, seul crocsman, et seul béret basque rouge! toutes ces particularités feront que j'aurai beaucoup de soutien, ou de réactions amusées ou effrayées selon le cas. C’est toujours drôle de se faire plaindre ou féliciter pour mon grand courage quand le regard des coureurs tombe sur les croc’s, j’ai l'impression d’en être un (escroc).… 

Eu égard au profil, une succession non stop de côtes dont certaines très vilaines, avec un seul passage relativement bienveillant d’à peine 10 km en début de 2ème semi, j’ai ciblé un sub-5 heures, 4h45 étant considéré aujourd’hui comme le chef d'œuvre du jour. On ne s’améliore pas avec l’âge et les petits bobos, regardez ce pauvre Rafa Nadal (bon, lui, il gagne même sur un pied…).

Et le peloton est lâché par vagues, encore une bonne idée, car les rues ne sont pas si larges. Tel le surfeur débutant je prends la dernière vague avec mes acolytes, en adoptant un rythme prudent, et attentif aux irrégularités du bitume, il y a en effet beaucoup de matériel urbain au sol et j’ai une certaine propension à frotter l’asphalte avec ma foulée rasante; nous déroulons les premiers km sur ce parcours qui ondule gentiment jusqu'au centre équestre de Biarritz. On traverse des zones vertes bien agréables, forestières, pistes aménagées, prenons les premières côtes, les premiers ravitos, classiques et bien achalandés avec un choix sucré-salé que j’apprécie, je vais me gaver d’eau gazeuse jusqu’à la finish line…Un joli passage en longeant le lac de Mouriscot, puis on grimpe vers Arcangues, ondulations qui nous mèneront au ravito de la mairie de Bassussarry, où règne une grosse ambiance avec des relais me semble-t il, une banda qui met le feu avec ses cuivres, et énormément de public; de plus à cet endroit on est en aller-retour et on croise ceux qui nous précédent (très nombreux) et ceux qui nous suivent (beaucoup moins !). Un spectateur me crie “ah, enfin un béret basque!”. Je suis raccord avec les belles maisons à colombages emblématiques du Pays Basque, aux murs blanchis à la chaux et agrémentées de boiseries peintes en rouge.

(interlude culturel: Les volets et les poutres de ces maisons à colombages sont presque tous peints d'un rouge foncé typique dont l'origine vient du fait que jadis, les gens recouvraient leurs volets de sang de bœuf afin de protéger leur maison du pourrissement et des insectes).

 

Passage dans un golf pour dahus à Arcangues, (le mot "plaine" ne semble pas exister pas en langue basque) puis à travers champs et grands espaces, (je ne me souviens plus où était cette spectaculaire forêt de bambous, intermède des plus exotiques) on arrive à Arbonne pour le passage au semi, 2h17 à un ravito en courbe descendante bien animé par les bénévoles très présents partout sur la course, prodiguant des encouragements et distribuant des sourires en plus des litres d’eau.

Une partie plus roulante le long des berges de l’Uhabia nous amènera à l’océan au km 28, à Bidart, le partie la plus au sud de la plage biarrotte, après avoir effectué une bizarre petite boucle, me donnant l’impression de tourner autour d’un hippodrome, en fait immense espace vert vide… Vue sur la mer, le ciel est maintenant dégagé, il fait chaud, les touristes profitant de ce long week-end sont là qui nous encouragent, et on en a bien besoin car les forces diminuent ! et c'est pile là, au 29ème km, que ces basques organisateurs se sont dit: voyons, le mur du 30ème? On le met là !! Et dans une lente procession, une horde de zombies après s’être fracassée sur la pente, monte péniblement cette avenue de la Grande plage suivie du Cor de la falaise pendant un km, verdict: 10 min/km !! La soif est intense, la bouche sèche, ça chauffe sous mon béret, ça y est, on est dans le dur ! Chantal est à 50 mètres devant moi, on fait chassé-croisé depuis le semi, elle me lâchera sur la fin… J’alterne marche (dès que ça monte) et course (dès que je peux) avec mon chrono cible bien en tête. Des crampes apparaissent petit à petit, moi qui n'en ai quasiment jamais… les péroniers latéraux, les mollets, cuisent à petit feu et se manifestent, m'obligeant parfois à rectifier ma foulée en vol en urgence…

Un peu après la mairie de Bidart on amorce une descente vers le vieux port de Biarritz, récompensés par une formidable vue qui se dessine peu à peu, celle des cartes postales, avec au loin le rocher de la Vierge et la villa Belza, cette célèbre demeure de style néo-médiéval construite entre 1880 et 1895

On redescend à nouveau vers un golf longeant le bord de mer, à Ilbarritz, par un passage iodé sympathique où je me fais tirer le portrait par des passants, avant de me prendre un nouveau mur au km 35 en longeant la Côte des Basques…. moins long mais aussi violent que le précédent. Nous sommes maintenant sur le front de mer pour plusieurs km, avec vue sur les spots de surf. Je suis à la ramasse, mes diverses hernies couinent à l’unisson. 

Les vues emblématiques se précisent, l’aquarium, l'impressionnante villa Belza qu’on touche presque du doigt, la plage du vieux port dont on fait le tour en la surplombant, et si on sort du coma, on est bien dans la carte postale ! Maintenant c’est un éphémère passage euphorique car légèrement descendant qui nous amène en plein centre de Biarritz, les rochers et le port des pêcheurs à bâbord, l'église Sainte-Eugénie à tribord, pour défiler fièrement le long de la grand Plage devant les nombreux clients attablés aux cafés du Quai juste à côté du Casino. J’apesante fièrement un km en 6:30 sur le marbre en redressant la tête, ça faisait longtemps. Illusion! A peine le phare de Biarritz approché, un virage sec à droite nous fait quitter la côte brutalement et le km suivant et presque tout ce qui va suivre ne sont qu’ascension, et on se retrouve à nouveau les mains sur les hanches ou sur les cuisses, en évitant de se marcher sur la langue! Heureusement la délivrance est proche, on repart sur du plat, quand au 41ème km un dernier coup de cul assassin nous fait encore reculer… Mais de quels esprits malades ont jailli ces idées ??

Dernier virage, il reste 200 mètres et perclus de crampes, je suis forcé de stopper quelques secondes pour remettre mon ischio gauche en ordre de marche; Quelques instants plus tard Alain l’animateur star du Sud-Ouest  - et mon préféré - m’accueille avec une grande gentillesse, on s’est trop souvent loupés dans cette sombre époque covidienne.

 

Une belle médaille à la croix basque vient récompenser les vaillants finishers, et toute la famille CLM rentre peu à peu au port, gorgée d’acide lactique, mais avec des images et des étoiles plein les yeux.

 

Quelques litres d’eau et une bonne bière locale plus tard, les crampes un peu apaisées (c’est mieux, au volant!), je reprenais la route, vraiment content de cette belle journée et rembobinant le film pour en profiter encore un peu. Certes Biarritz n’est pas une formalité touristique, mais à quelques petits bémols de rodage près, ce marathon du Pays Basque a un très bel avenir devant lui ! 

 

Laster arte, edertasuna…

ULTRA MARIN 2022 en duo du 1er au 3 juillet 2022
TRAIL EN TERRES D'OC à La Salvetat sur Agout (34)
 

Commentaires 1

Cagouille 17 le mercredi 15 juin 2022 15:43

Un joli parcours pas facile malgré tout pour cette première édition d'un marathon qui deviendra "grand" je n'en doute pas un seul instant.
Merci pour ton récit qui m'a permis de revivre chaque endroit et chaque côte. Ton 3ème bouquin s'étoffe

Un joli parcours pas facile malgré tout pour cette première édition d'un marathon qui deviendra "grand" je n'en doute pas un seul instant. Merci pour ton récit qui m'a permis de revivre chaque endroit et chaque côte. Ton 3ème bouquin s'étoffe ;)
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Invité
jeudi 11 août 2022

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