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Tours Loire Valley 2021 – la vengeance du mur

DLTours2021-2

Préambule belge

 

Fin août c’étaient les retrouvailles internationales avec le Beer Lovers Marathon de Liège, petite bulle de bonheur belge concoctée par les organisateurs malgré un épisode climatique catastrophique qui avait cruellement frappé la ville quelques semaines avant, et les contraintes sanitaires toujours bien pénibles. Avec Nono arrivé de Nice en même temps que moi nous allions renouer avec cet incontournable rendez-vous. 

Qu’en retenir sinon l’esprit festif bien vivace autour du bonheur de courir à nouveau déguisés, la thématique du millésime étant le cirque, nous fîmes de beaux clowns avec nez rouges, chapeaux, morphsuit maléfique pour Nono, tenues rutilantes et croc’s assortis. 

… Et tant d’autres flashes mémoriels:

Les deux chapiteaux de cirque géants abritant les retraits de dossards et les tireuses à bière pré et post course (aah, la Bertinchamps !) dans un environnement covid-sécurisé avec l’invention du covid safe ticket… A l’intérieur, c’était le Monde d’avant!

Un départ par vagues qui nous permit de figurer dans le top 20 du classement scratch pendant 2 minutes…avant de glisser inexorablement vers le top 20 à l’autre bout du peloton! Les stands de ravito aux noms alléchants, Chouffe, Tripick, Cuvée des Trolls, Sainte-Nitouche, Lupulus, Chimay, Bestiale…, plus mousseux et animés les uns que les autres, pit stops dont un où l’on retrouvait l’ami Kedian aux manettes de sa tireuse;

Ces 16 ravitaillements de bière, généreusement servis par des bénévoles adorables, cette double ascension de la montagne de Bueren (374 marches, 30% de pente et 70 m de D+ urbain), le circuit étant constitué d’une boucle à courir deux fois alley ! bière accompagnée au fil du parcours de frites, mignardises… (dans le désordre)….

Les traversées de zones industrielles noires de charbon, les passages « trail forestier urbain » bien gras sur les hauteurs de la ville, cette voie ferrée longée dans des quartiers modestes, ce cimetière de bateaux aux yachts rouillés tombant en ruines, ou ce pont au trottoir revêtu d’un tapis rouge rapiécé dans lequel au km 37 je me prenais les pieds…badaboum encore !! 

Au final ces 5 heures 57 de rigolade partagées avec Alex, Raph et Nono, pour terminer bien en  ligne dans un finish glorieux !

Suivi d’un passage au camion douche - organisation carrée du Nord – pour repartir dignement, la médaille-décapsuleur autour du cou.

Mais aussi cette douleur inédite à l’articulation de la hanche qui se manifestait dès le 17ème km, puis à 2 ou 3 reprises pendant la route…et qui va traîner dans le temps…

Petite surprise au parking, juste avant de reprendre la voiture, je fus interpellé par une coureuse qui remballait avec son compagnon par un “Avatar?... C'est toi?”... “Euh, oui mais pas aujourd’hui!”. Et d'échanger quelques bons souvenirs du dernier marathon de Blaye où on avait certainement dû trinquer sur le parcours. Le monde des festifs est tout petit!

 

Interlude. 

 

Le temps du dossard suivant arriva, un mois après…

 

Arrivé samedi à Tours, débarquant  de la gare je redécouvrais la ville, y ayant habité trois ans, il y a bien longtemps, sans y revenir depuis 35 ans… Incroyables mutations urbaines, en particulier le plan de circulation avec tous ces grands axes de tram qui redessinent la Cité, tous ces immenses espaces piétons, en fait je découvrais une nouvelle destination … Après avoir posé ma valise dans mon hôtel, je contactais rapidement Cagouille pour aller à l’expo marathon retirer mon dossard. Il connaissait déjà les lieux et m’a donc amené à tous les stands où des goodies étaient proposés par tirage au sort ou autres jeux... J’en ressortais avec quelques t-shirts techniques. Une bière en compagnie de Grenouille plus tard, nous nous séparions pour nous retrouver au départ le lendemain matin. Le soir, j’allais  déguster un petit plat de pâtes dans une pizzeria du Centre. 

Spoiler : Je pense qu’une des causes de mes soucis du lendemain est - peut-être - le fait que j’ai sauté le repas de midi, j’étais dans un train sans proposition de snack…

 

Dring fait ma montre, pour un petit déj improvisé à 5 heures dans la salle de restaurant presque déserte de mon hôtel; j’y fais la connaissance de 2 jeunes coureurs, on discute autour de nos victuailles – beaucoup plus sérieuses chez eux que chez moi -  ils sont peu expérimentés en marathon (2 ou 3 au compteur, plutôt profil trail), mais avec des ambitions que j’ai rarement (jamais, en y réfléchissant bien !) croisées… A la question  « Et vous, quels sont vos objectifs, un chrono ? » « Euh, oui…répondent-ils, entre 2h30 et 2h35 ».  Évidemment je n’ai pas l’habitude !! Donc je leur souhaite bonne chance et leur demande leurs prénoms, pour regarder le classement à l’arrivée « Donc je vous cherche dans le top 10 ? - On espère bien ! – OK, bonne course ! »… Je retourne m’allonger une heure dans ma chambre, ils m’ont bien calmé !!

La suite de l’histoire confirmera leurs pronostics, Matthieu second en 2h30, et Emmanuel 4ème en 2h34… Chapeau les jeunes, je suis très content pour eux, et surtout très admiratif !

Mon hôtel est idéalement placé à 5 minutes de la zone de départ, face à la Loire, que l’on rejoint en descendant la rue Nationale, devenue cette grande tranchée de tram aux vitrines prestigieuses. 

Bien sûr on va se caler entre habitués des fonds de peloton avec le dernier sas (4h30) ou je retrouve avec bonheur quelques connaissances dont Graham “Crocodile Dundee” qui gonfle son croco…Franck “La Tortue” et Jésus, tous en tenue, et moi en uniforme violet de Laurette Fugain, avec noeud papillon et tutu assortis.

Protocole Covid oblige, les départs se font par vagues bien séparées et c’est très confortablement dans une grande fluidité que nous commençons à trottiner, et tout de suite on traverse le Loire par le pont Napoléon. Le temps est gris, lourd, un peu menaçant. A priori il ne devrait pas pleuvoir avant cet après-midi.;

Notre meneur d’allure a de la voix, il en aura besoin pour motiver ses ouailles  le long de la course !

Le petit peloton fait connaissance en rentrant doucement dans la course, en enroulant quelques virages, révélant des belles toitures d’ardoise caractéristiques de la vallée de la Loire, quelques fortifications, et même un peu de chemin stabilisé dans des bulles de verdure…. Très vite on croise la tête de course, on ne verra que 4 coureurs, dont mes deux poulains, c’est une sensation incroyable, ils sprintent !...

A l’inverse, je ressens une étrange impression de moteur bridé, en effet, 3 ou 4 coureurs du groupe courent en ligne avec notre porteur de flamme, et j’ai l’impression d’être dans ces courses d’enfants avec 2 adultes qui courent en tête en tendant une corde, interdisant aux petits sprinteurs de partir sur des allures potentiellement dangereuses pour eux… j’ai des fourmis dans les jambes, des velléités d’accélération, et me raisonne pour ne pas déboiter et partir, car je sais que ce ne sont que chants de sirènes ! On sortira ensuite de la ville pour partir vers l’ouest pour un long (très long) aller-retour le long du Cher entre les km 13 et 38. Je retrouve sur la route Franck, autre CLM qui tourne à peu près à notre allure. Nous emprunterons alors des pistes cyclables de campagne, rudes plaques de ciment, un peu monotones à mon goût, très désertiques en tout cas. La chaleur moite est bien présente, accentuée par des passages en lisière de forêt, ce n’est pas tropical, mais bien humide !

Notre meneur est très bavard, ce qui fait passer le temps bien vite, on se raconte nos aventures passées, il distribue conseils, anecdotes, et repères chronométriques à chaque approche de ravito. Le km10 est passé en 1h04, la route défile, 15, 20km, mais je sens bien vite dès le 17eme que la journée ne sera pas une simple formalité…forme moyenne (je me le suis pourtant répété, pas assez de sorties longues !...), le dos sensible, ma hernie du sportif qui se réveille alors qu’avec mes récents soucis de hanche je n’en avais pas vraiment besoin… bref, l’alignement des astres est moyen moyen ! 

Je suis bien sorti un peu du groupe, je me sentais bien, et pensais avoir pris un peu d’avance mais ils sont toujours juste derrière, compacts autour du métronome en chef !

Je vais partager quelques kilomètres avec la Tortue, qui pour promouvoir son association « Ca roule pour Lulu », qui a pour but d'offrir plus d'autonomie à un petit garçon handicapé de 10 ans, distribue avec bonne humeur et moultes harangues des bonbons à chaque bénévole ou public sur le chemin ! Il en a 6 kilos, qu’il veut larguer avant le semi… que je passe en 2h14, notre meneur est pile sur l’objectif. Mais lui est tout frais, alors que je commence à tirer la langue…

Un joli passage est celui de la traversée de Savonnières (km 25), où l’on change de rive après un ravito très attendu. 

Je repars en compagnie de David, jeune quadra qui court aujourd’hui son premier marathon, en bonne forme, tout va bien pour lui, l’allure lui convient, il a juste un peu peur de l‘inconnu ! Sophrologue, il est prudent, et m’avoue ne jamais se mettre dans le rouge… je lui donne quel conseils moi aussi, même si c’est plutôt lui qui me tire, dont celui de tenter l’expérience croc’s s’il veut oublier les pieds qui chauffent, et évidemment c’est un peu un choc pour lui !! 

Il m’amènera jusqu’au km 34 où je lâche brutalement et à regret le groupe, on s’y sentait bien !,  en stoppant net pour marcher quelques centaines de mètres. Ca y est, elle est là, la fameuse panne sèche, celle qui fait vriller le mental, voler en éclats les ambitions du jour, celle que l’on repousse jusqu’à la rupture ! Je ne l’avais pas recroisée depuis des années je crois ! je me suis pris le MUR !!

Vite, on se ressaisit par les calculs mentaux : alors, de la cible encore vivante de 4h30 qui allait s’offrir à moi, je vais perdre 5… 10 minutes. Mais pas plus, hein, car 4h45 « is not an option » ! 6:30 au kil, 7 au kil, ça fait…je retiens 2…

C’est incroyable, au milieu de cette ébullition de pensées sous un scalp qui mijote au soleil, j’ai les mêmes raisonnements que lorsque je courais pour battre mes records, indécrottable je suis, on ne se change pas…alors qu’aujourd’hui, quelle importance ? Mais il est toujours là, le fighting spirit !

Je vais alors relancer la machine, à petite allure, parfois entrecoupée de quelques hectomètres de marche, je suis déshydraté, la langue par terre, heureusement depuis quelques ravitos, il y a de du coca qui me permet d’abreuver mes cylindres avec mon fameux mélange deux-temps, le “micocamio” !

Mon tutu fait effet lorsqu’on entre à nouveau en zone urbaine, bénévoles et rare mais chaleureux public sont là pour encourager la danseuse naufragée de la route ! 

Km40 – La Riche. A un carrefour, saluant en relevant le tutu par ses côtés, je tourne à gauche, vite repris par la foule qui crie « noon, tout droit ! »…C’est vrai que les yeux fixés sur les godasses, on voit moins bien le paysage !

Je passerai finalement la ligne sur la place de la Victoire (il n’y a pas de hasard !) après 4h38 d’effort, content de recevoir ma belle nouvelle médaille. L’effort coupé, c’est maintenant que la hernie est la plus douloureuse, se relever et commencer à marcher est pénible… ma kiné va être contente…je reste assis quelques minutes, les yeux dans le vague.

A peine le temps de profiter un peu de ce moment de sérénité post-effort que le ciel se fend brutalement, une averse orageuse monstrueuse éclate, noyant les malheureux encore en route ; elle durera une bonne demi-heure…je patienterai un bon moment sous les barnums avant de rejoindre mon hôtel. Cagouille arrive peu après, et la représentation de CLM conclura la course avec l’arrivée triomphale de Grenouille entourée de Graham Crocodile Dundee et  Romain le romain !

Très vite après une bonne douche (merci à mon hôtelier de m’avoir laissé cette facilité !), je partageais un gros burger et une bonne bière avec Grenouille et reprenais mes trains de retour, laissant la vallée de la Loire et du Cher derrière, soulagé finalement d’avoir terminé honnêtement et à peu près entier, ce week-end marathon éclair - sauf pour le chrono -.

TRAIL EN TERRES D'OC à La Salvetat sur Agout (34)
 

Commentaires 3

LeGna le dimanche 3 octobre 2021 17:02

Magnifique racontade de ces encore beaux moments Doumé

Magnifique racontade de ces encore beaux moments Doumé :D
SYLVIE le lundi 4 octobre 2021 05:52

Toujours aussi intéressants tes récits et là on a la chance d’en avoir deux pour le prix d’un ?

Toujours aussi intéressants tes récits et là on a la chance d’en avoir deux pour le prix d’un ?
El Palmero le mercredi 6 octobre 2021 12:25

Toujours ce km 34 c'est quand même trop bon de prendre le MUR sur un Marathon, ça prouve qu'on est toujours marathonien et bien vivant ça me manque
Encore un récit qui te donne envie d'aller galoper ... Bravo Doume!!!

Toujours ce km 34 ;) c'est quand même trop bon de prendre le MUR sur un Marathon, ça prouve qu'on est toujours marathonien et bien vivant :D ça me manque :( Encore un récit qui te donne envie d'aller galoper ... Bravo Doume!!!
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Invité
vendredi 3 décembre 2021

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