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Ultra-Marin 2015 : Daou martolod o voned da veajiñ

UM-couvRecit

J-3… je ne tiens plus en place… au retour de la grande fête du MVA, agrémenté de sa traditionnelle grimpette du Mont-Sainte Odile entre amis la veille, la nervosité a remplacé la béatitude, le bleu de mon visage de William Wallace a cédé la place au blanc de l’anxiété… positive ! Car je n’ai qu’une hâte, c’est d’être sur la ligne de départ.

Je passe sans cesse en revue l’énorme check-list d’avant-course que je tiens à jour pour ne rien oublier, les tenues, rechanges, bobologie, alimentaire, liste des articles obligatoires à avoir sur son dos pendant la course…

Petite visite sur livretrail.net où je vois mon nom et le tableau de suivi prêt à être activé vendredi soir…ça m’impressionne !

Sur le plan  physique, je traine une sciatique qui engourdit mon ischio gauche et m’occasionne  quelques douleurs dorsales, et la méthode Koué se met en place peu à peu : « ça va le faire ! »

A J-2, on a fait un point téléphonique avec mon twin longues distances, Nono83, que je passerai prendre à  Nantes Airport vendredi à midi, soit J0.

Bref, on a un peu la trouille !!

 

Une heure avant le départ, ma grande sœur bretonne d’adoption et son mari sont venus nous encourager, et après un petit café, nous rejoignons la zone de départ sur l’esplanade du port de Vannes noir de monde et inondé de soleil. On a fière allure dans nos harnachements de trailers, avec nos sacs à eau, tous ces tuyaux, ces buffs, ces tubes de gels et autres bâtons de course, guerriers colorés en partance pour la grande aventure…J’ai mis les couleurs de Laurette Fugain pour la circonstance, T-shirt de rechange inclus. Et pour ne rien oublier, j’ai avec moi un dictaphone auquel je  vais causer régulièrement ! Les dossards du 177 km sont jaunes ainsi que le bracelet inviolable qu’on nous a mis au poignet. Dans les sas, nous retrouvons une belle brochette de CLM, Zeclown énorme finisher 2014, Catson , grand consommateur de km, Robotcop78 qui a bien préparé ce trail, et Eric27.

 

Le départ est donné à 17 heures, et nous faisons une petite boucle d’un km en ville avant de passer sous l’arche  officielle de départ.

 

C’est parti pour une trentaine d’heures… rien que de l’écrire, j’ai  mal partout…

 

Km 4 - premiers sentiers côtiers, un petit vent rafraichit le peloton, ce qui nous fait du bien, il commençait à faire bien chaud  dans la zone départ. Nous traversons une première forêt de pins, entretenue, superbe, moelleuse aux pieds, tout excités par le fait d’enfin y être, et longeons une piscine naturelle dans  laquelle les gens se baignent sous un ciel gris alors que de l’autre côté c’est un petit port de plaisance à marée basse. On  se croirait en vacances ! …On commence à se régaler…

 

Km9 - passage forestier  avec une forte grimpette  sur tapis d’aiguilles ; pour garder des forces, nous marchons  au milieu des fougères. Dès que ça grimpera on fera ainsi ! Les spectateurs nous encouragent.

 

Km 13,5 - le long de la mer, nous trottinons sur un chemin de ronde pavé jouxtant un muret de pierre de 2 mètres de haut. A priori, c’est par ici que les coureurs se mouillaient les pieds en passant l’an dernier, mais aujourd’hui c’est marée basse, avec qui plus est un petit coefficient, donc c’est plus confortable. Attention aux appuis toutefois, le sable et les gros cailloux souvent recouverts de varech rendent l’endroit un peu technique,  mais nous sommes payés de retour par une belle vue  sur une anse magnifique comme nous en verrons beaucoup. C’est donc en marchant pour se protéger les  chevilles, que s’enivrant de cet air iodé sous un ciel lumineux nous traversons l’anse au pied de ces fortifications.

 

Km 16 / 1h53 – premier ravitaillement, à Arradon. J’avale avec gourmandise  chips, saucisson, compote de pomme, tranche de pain, que j’arrose avec ma boisson énergisante préférée, le « micocamieau » . Un bon petit ravito face au calme du Golfe et ses bateaux glissant sans bruit entre les petites îles aux plages dorées et  pins. Bonne ambiance dans le peloton, tout va bien !

 

Km 27,4 / 3h15 – petit port avant Bono, après un bel aller retour dans une anse à flancs de coteaux en forêt, par des petits sentiers côtiers. Le temps très sec fait que nous baignons en permanence dans un nuage de poussière brune, on en est couverts ! Un châtaignier monumental au tronc tordu surdimensionné nous salue de ses années alors que les nombreuses relances commencent à tirer sur les quadriceps.

 

Nous cheminons sur une  route goudronnée quand une grosse pluie se met à tomber brutalement, nous obligeant à sortir les coupe-vents du sac. A peine les vestes passées, la pluie s’arrête… !

 

Km35 /  4h15, nous arrivons au gros ravitaillement de Larmor Baden. Nous sommes à peu près en bon état, les cuisses commencent à souffrir un peu, les pieds aussi. Je me régale d’une bonne assiette de coquillettes jambon, recharge le camelbak aux rampes d’eau dédiées et mes batteries  pendant un petit quart d’heure, après m’être « renoké » des pieds boueux, une première !

Km 41 – on a traversé un petit bras de mer sur un pont de pierre, la nuit commence à tomber sérieusement maintenant et en me retournant, j’aperçois un défilé de frontales qui sortent du bois, le ballet de lucioles commence ! J’ai mal partout, mais c’est magique ! On arrive au 1er marathon, première étape symbolique, et nous allumons nos frontales. Celle d’Arnaud est un phare impressionnant !

 

Vers le 50ème km, un passage bordé de roseaux et de bambous, et aménagé de lattes de bois sur pilotis nous offre un très agréable tapis pour courir à travers bois, et nous repose un peu des sentiers techniques surtout en pleine nuit où seule une attention constante nous préserve d’une  torsion de cheville !

 

Km 53, à l’entrée de Bono. Nous suivons 3 frontales devant nous sur une belle côte jusqu’a s’apercevoir au bout de 200 mètres que nous ne sommes nulle part, qu’on entend du bruit mais plus bas vers le port… nous nous sommes trompés de route !! Demi-tour en descente et effectivement nous avons  raté une balise et  reprenons le chemin  du port juste à côté, devant nous !

 

Km 54,5 / 7h23 – Arrêt ravitaillement au port de Bono. C’est mon premier passage chez le podologue, car l’intérieur de mon pied gauche chauffe fort sur la semelle. L’ampoule n’est pas encore « décollée », et il me pose un compeed chauffé  à la main. Je tope avec lui pour que mon pied soit bien retapé pour… allez, 120 bornes !

 

1 heure du mat’ / 8h10 de course / 57 km. Sur un chemin de halage en bordure d’un champ, avec le   Golfe à gauche, des forets de pins autour. Il fait nuit noire mais devant nous le ciel est rouge sang ! Je me dis que soit on va vers l’ouest, soit une ville est devant, soit j’ai des hallucinations…

 

Km 60 / 8h35 - On passe à Auray, pointe nord du circuit qui annonce de ce fait la descente vers les zodiacs de Locmariaquer. Curieuse sensation de traverser une ville déserte sous les halos des lampadaires halogènes… Au centre ville, un petit groupe de jeunes sympas était attablé  au bistrot « L’Armorique », seule table encore occupée, en terrasse, et applaudissait vigoureusement les rares coureurs de passage, le peloton commençant à être bien éparpillé  maintenant.

Mais pour nous rappeler qu’on n’est pas là que pour rigoler, en sortie de la ville, une espèce de côte mortelle avec des escaliers nous dégomme les cuisses et affole le cardio.

 

Km 66 / 9h33 – On entre dans le dur, et maintenant nous marchons dès la moindre velléité de dénivelé positif, mettant en place un Cyrano de plus en plus prononcé. J’ai des ampoules terribles à gauche, et le pied droit hyper sensible à cause d’un  effondrement du  scaphoïde qu’il va bien falloir que je traite un de ces jours… mais Nondedjou que c’est douloureux !

On longe à droite un champ dans lequel dort paisiblement un troupeau de vaches, toutes allongées dans un silence religieux. Sans la bonne odeur de ferme, on ne les aurait même pas repérées !

 

Entre Auray et Crac’h, nous traversons beaucoup de champs, par des chemins stabilisés, un peu moins de  forêts, et beaucoup moins de sentiers de bord de mer avec de la  caillasse, ce qui fait qu’on a pu envoyer un peu « de gaz », on a même fait un km en 7’15, vers le km  68, une  sorte de miracle nocturne. Alors que jusqu’ici  à l’entraînement ou en course elle m’a toujours satisfait, ma frontale se révèle vraiment trop faible pour l’exercice, je m’en aperçois d’autant plus concrètement lorsque Nono est derrière moi avec son phare, et que mon ombre gêne alors ma perception des vilains petits pièges cachés ! Ca m’a fait rire, cette idée d’être rendu aveugle par mon ombre…. Louis XIV roi des trailers !!

Je reçois des coups de téléphone réguliers d’LN (qui se couchera  très tard, et se lèvera très tôt !!)  et de Maeva (pareil, mais elle, elle fait la fête…)

 

70,6km / 10h40 – On sort du ravitaillement du stade de Crac’h où on est restés une bonne demi-heure pour  prendre un peu de soupe et de café.

J’ai percé ma grosse ampoule pied gauche  comme j’ai pu, et mis du sparadrap dessus. Elle m’oblige à courir sur l’extérieur du pied, et ça tombe bien car à l’extérieur, j’ai une autre ampoule sous le  petit doigt de pied ! Elle est pas belle,  la vie ? il est 3h45 du matin, on attend le lever du jour avec impatience maintenant.

Après le pointage du km 72,5, je marche sur des œufs, mon ampoule est si vive que je  suis obligé de courir avant-pied  comme si j’étais en five fingers. Du coup, j’ai les mollets qui se réveillent.

 

C’est vers cet endroit que Nono s’est fait attaquer par une chauve-souris, que j’ai vu passer en piqué à 20 cm de sa frontale ! Et ce n’est pas une hallucination, il parait que ce n’est qu’à partir de la deuxième nuit !!

 

Km 73,5 – Absolument seuls en plein dans un champ de maïs, on s’est bien trompés de route, encore !! Nous faisons demi-tour, à la recherche de lumières de frontales, par des chemins de cailloux et d’herbe coupée d’où on ramène des bottes de foin avec nos chaussures, tout va bien !! Il faut dire que le balisage est irrégulier ; parfois il y a une balise tous les 50 mètres, parfois rien pendant des centaines de mètres…

 

79,8km / 12h – On est entrain de se perdre encore… mais surtout face à un ciel qui s’éclaircit de couleurs oranges annonciatrices d’une journée ensoleillée, la nuit se termine !

 

87,4km / 13h10 – Sur la droite, le Golfe majestueux, marée basse, et en arrière plan une petite île avec des pinèdes. Un soleil rouge vif transperce soudain les pins, il fait officiellement jour !

Non seulement on a le soleil levant, mais en plus, devant nous un bal de gilets de sauvetage nous confirme que nous sommes arrivés à  Locmariaquer et la traversée en zodiac !! Quelle P… de bonne surprise, dans mon esprit c’était encore à quelques km, et je suis content à un point !! J’embrasserais les bénévoles, quel bonheur de les voir, on va pouvoir d’asseoir !!

 

13h20 – (6h20 du matin) Equipés de ponchos bleus en plastique et de seyants gilets de sauvetage, on est à l’avant du zodiac avec Nono, devant le pare-brise, le soleil levant en pleine figure qui vient juste de sortir des pins en face de nous, sur une mer d’huile, sous un ciel bleu… le bonheur ! On a 10 minutes de traversée pour rejoindre Port-Navalo en face, c’est l’extase ! On est assis, c’est moelleux, je ne tends pas trop les jambes sous peine de partir en crampes… nous bifurquons légèrement sur tribord, il y a à  peine quelques bateaux sur le Golfe, un  kayak glisse en silence, on resterait bien là…

 

89ème km en 4’23 !! Les jambes détendues sur le plat-bord, on est des fusées !!

90ème km en 2’50 !!! Appelez nous Mo et Usain !!!

 

Nous débarquons à Port-Navalo après une bonne dizaine de minutes de traversée et 13h36 de course (dont le dernier en 2’50/kil, pour le Guiness book).

 

97,85km / 14h40 – Après un long chemin par des sentiers de douaniers, single tracks de caillasse, passages sur la plage avec des marches en bois ou en pierre, souvent taillées pour des géants de 2 mètres, nous arrivons  à l’arrêt Grand ravitaillement à Arzon. Il commence à faire chaud, mon pied gauche est un festival d’ampoules, le droit est douloureux comme s’il était cassé… et je n’ai que deux pieds…mais le moral  est bon.

Maeva ma cadette future marathonienne (si si tu verras) et sa copine Lulu nous font le bonheur de nous accueillir en courant, elles (pas nous). Elles ont dormi dans la voiture pour nous attendre.

Bol de soupe, assiette de coquillettes et jambon, purée, micocamieau nous font un bien fou.

Mais c’est surtout le passage chez les podologues que j’attendais avec impatience ! Merci à Bastien de m’avoir transpercé, puis rempli d’éosine toutes ces cloques, (ça brûle c’est une horreur !) puis de les avoir bandées soigneusement  pour que je  puisse repartir. Le problème c’est qu’à froid, je marche sur du verre pilé pendant 1 kilomètre !

 

100km 15h55 – Ma Garmin est morte. Arnaud active celle de rechange.

 

A la sortie d’Arzon, on  a une vue splendide sur le Golfe, encore à marée basse. Quelques voiliers sont déjà de sortie. Détail technique : petit tour derrière un buisson pour se passer un coup de Nok derrière les fesses, eh oui, ça brûle aussi  ici !

Les odeurs d’ajonc et de genêt nous caressent les narines, des courants d’air chaud ou plus frais nous enveloppent…

 

Km108 : 18h –  Après le ravitaillement de Nèze où les minettes toujours aussi enthousiastes nous attendaient, riz au lait, coca et compote de pommes nous ont bien regonflés, puis on s’est à nouveau trompés de chemin, en ne voyant pas une bifurcation… et hop, 200 mètres de plus !

 

Km120 / 21h – C’est le ravitaillement de Sarzeau, les filles sont encore là, ainsi que Chantal  et Bernard, en locaux de l’étape. Ca fait du bien d’être accueillis et soutenus !

Retour chez les podologues, car l’ampoule du petit doigt de pied était aussi grosse que le doigt de pied lui –même ! Et toujours pied gauche bien sûr… Alix me transforme délicatement en momie.

On crève de chaud, il fait entre 25 et 30 °C parait-il, c’est la Bretagne !! On tourne à un gros 5km/heure maintenant…

 

Les passages en sous-bois nous apportent une ombre salvatrice, mais les traversées de champs, les épisodes routiers, ou les chevauchées en bord de plage sous un ciel de feu nous plombent direct. On décide avec Nono de ne courir qu’à l’ombre (et encore, si ça ne grimpe pas ; combien de fois l’un à dit à l’autre « ça monte ! » pour le stopper dans son élan présomptueux !). Au soleil on marchera, nos expériences de marathons sous la chaleur terminés en rampant nous sont précieuses !!

 

Km132 / 23h30 – Un bruit à l ‘arrière nous interpelle, et on se fait dépasser (déposer) par un, puis une dizaine de coureurs.  Ce sont les leaders du trail de 56km dont le départ a été donné à 16 heures à Sarzeau. Les 5 premiers sont des avions, ils sont hyper impressionnants de puissance et de vitesse, de vrais athlètes ! On se pousse naturellement pour ne pas les gêner, ils remercient et nous encouragent, tout l’esprit de la course nature comme on l’aime… les gens aussi nous encouragent beaucoup, les dossards jaunes sont repérés de loin…

 

Km137 / 24h25 – il reste donc 40 km. Nono est fatigué et a vraiment envie d’un petit somme. Nous  nous  installons donc dans l’herbe sous un pin parasol en bordure de chemin, je programme le  réveil sur 20 minutes, et demande à des supporters sur le côté de nous réveiller en cas de panne… 20 min après ma montre sonne, ni Arnaud ni moi n’avons fermé l’œil, le terrain est trop dur ! Mais ça nous  a fait du bien de s’allonger un peu.

On reprend notre chemin, et c’est en permanence que les coureurs du 56km qui nous doublent nous encouragent, nous félicitent, nous disent leur admiration ! J’ai dû dire « merci » au moins 100 fois sur l’ensemble du parcours !

 

Km 140 / 26h Ravitaillement de Port Navalo. Nono arrive 30 secondes après moi. Depuis quelque temps il est silencieux, ce qui n’est jamais bon signe. A un point tel qu’il annonce son abandon, il ne  repartira  pas d’ici. Il a un gros coup de mou, souffre de la chaleur, a mal aux pieds, bref rien ne va.

Il me dit de continuer seul…J’essaie de lui remonter le moral, lui propose qu’il se repose, qu’il fasse une petite sieste d’une  heure. On a un tel matelas sur la barrière horaire qu’il pourrait dormir 3-4 heures sans  problème ! Je le travaille au corps en lui disant que dès demain il regretterait ce choix, qu’on n’abandonne pas après avoir couru 140 km… Des bénévoles de l’équipe se joignent à moi pour tenir le même discours, dont un avec unT-shirt  UTMB, qui sait de quoi il parle…

Et puis je lui dis simplement aussi que je ne suis pas d’accord ! Je lui propose un deal : il se repose, repart tranquille jusqu’à Séné où il pourra dormir et se faire soigner, et je l’attendrai dans la voiture à Vannes, on ira à l’hôtel plus tard, on est dans les temps  pour une bonne douche, quelques heures de sommeil dans un vrai lit, un bon petit déj et l’avion de retour. Tout est possible.

Je repars donc tout seul vers Séné, rassuré sur sa nouvelle détermination. Il reste à la louche 36 km pour toucher le Graal.

 

A travers champs j’avance, entre passages d’herbe coupée, sentiers de terre durcie comme la pierre, déformés par les passages des engins agricoles qui laissent des ornières dans lesquelles les chaussures se prennent  pour emmener les chevilles vers de mauvaises histoires.

La poussière soulevée en permanence sous le chaud soleil colle à la peau, brûle les yeux (les lentilles !!), assèche la  gorge …le soleil baisse mais la  chaleur reste, c’est impressionnant.

 

Km154 / 29h – Il est 22h10, j’arrive enfin au ravitaillement de Séné, dernier stop avant le grand final, il reste désormais 22km jusqu’à l’arrivée. A l’entrée, un coureur qui vide ses stocks m’offre un stick d’Aptonia que je vide dans mon sac à eau. Il sera bien agréable à boire en amenant un nouveau goût à mon eau du robinet, qui a parfois eu un goût bizarre.

 

22h30 – Je quitte Séné, j’ai refait les niveaux, mais surtout j’ai passé 20 minutes chez mes copains  les podologues. Ma grosse ampoule pied gauche  - que l’histoire retiendra -  est devenue une championne du monde, une espèce de cloque monstrueuse de 3cm de long par presque 2 de large et 1 de haut, de quoi alimenter des thèses de 3ème cycle ! Merci à Laurence qui l’a prise en charge, vidée, transpercée, tailladée , emmaillotée subtilement dans de savants montages d’élastoplaste afin de maintenir l’ensemble pour 20 km, non sans l’avoir prise en photo pour les annales, ainsi que ses collègues et quelques coureurs de passage au même moment !

Nono est arrivé alors que je quittais le stand, lui aussi pour se faire traiter ses ampoules. En le voyant, je sais qu’il ira au bout, yess ! Zeclown, lui aussi est là, quel regroupement de fin de course !

 

Je remercie une dernière fois les bénévoles qui depuis le départ nous ont bichonnés, nourris, abreuvés, réparés… nous apportant un grand réconfort à chaque arrêt !

Je repars, le jour a commencé à décliner, la lune s’est levée, la température a enfin baissé, le ciel est bleu.

 

30 heures de course. Je suis absolument seul sur les petits sentiers du littoral, le ciel est rouge, le Golfe bleu, argent, ma deuxième nuit commence. Vigilance requise pour ne pas se tromper de route ni manger de vilaine racine !

Peu après sur un sentier caillouteux au bord de l’eau, une frontale me rattrape et se colle derrière moi. Sans me retourner, je propose au coureur de me doubler ; et lui de me répondre « non non, ça va… quel beau buff CLM ! ». C’est le taquin Zeclown dont la forme revient de manière spectaculaire ! Je le laisse passer, le suis un peu, puis le laisse filer à travers les herbes hautes, jusqu’à ce que sa frontale disparaisse dans la nuit…

 

31h50  - J’ai partagé quelques instants avec un coureur originaire du Nord, David, très expérimenté, avec qui on a papoté en courant ou marchant activement, et ainsi rattrapé pas mal de temps par rapport aux allures récentes. Le miracle est arrivé, je ne sens pratiquement plus ma grosse ampoule et j’ai recommencé à trottiner. J’ai apparemment une « facilité » à finir mes courses longue distance (100km, 24 heures) à bonne allure, et ça semble se vérifier une fois de plus. On est sur des chemins blancs stabilisés et j’envoie ce qu’il me reste, doublant pas mal  de  coureurs au passage…

 

Sur les 5-6 derniers km (sans indication puisque sans GPS) je me sens presque de mieux en mieux, l’effet écurie sans doute, et je trottine de plus en plus… j’ai rattrapé et doublé Zeclown qui marchait, puis suis parti une nouvelle fois seul dans mon euphorie naissante. On entend l’arrivée, puis on s’en éloigne, passant dans un parc très sinueux à travers de petits sentiers assez roulants. Le retour sur Vannes est alors long, mais long… incroyable, une espèce de chemin blanc interminable bordé de haies sans indications, j’avais peur à chaque instant de rater une balise, et pendant des km seul sur ce  long ruban blanc je pensais à Nono qui y arriverait sous peu et qui râlerait devant cette dernière blague…

 

3km de l’arrivée – Zeclown vient de me rattraper à nouveau et me tape sur l’épaule, on va finir ensemble ! On aperçoit enfin les arches d’arrivée sur l’autre rive. A 1000 mètres on arrive sur l’esplanade que l’on remonte, il y  a encore de gens  dehors, on traverse le canal et c’est la dernière ligne droite, en petites foulées…

 

 

Bras-dessus bras-dessous, souriant aux photographes,  nous rentrons dans la lumière en franchissant les 4 arches…

33h18 – 177km - FINISHER

 

Nous sommes immédiatement accueillis par le patron de l’épreuve, qui nous félicite et nous remet le polo finisher, on nous coupe le bracelet jaune, symbole de la fin de l’aventure…

 

On se congratule, et nous allons manger une dernière petite assiette ; il n’y a plus de coquillettes mais une purée petits pois fait l’affaire. Je suis  fier d’avoir terminé ce Grand Raid, savoure enfin un peu de repos, mais il manque  encore quelque chose donc j’attends tranquillement pour pouvoir vraiment célébrer.

Après m’être requinqué l’estomac, je rejoins ma voiture, garée pas trop loin, me change (je grelotte de fatigue) et m’allonge après avoir réglé le réveil sur 4h30.

4h30, personne…. Je le règle sur 4h45. Alors je retournerai sur l’esplanade.

 

Toc toc ….. Je sors d’un profond premier sommeil, soulève ma capuche, et vois un polo Finisher à la portière, Nono est là, il a fini !!

Joie et soulagement…

… même si au fond de moi, je le savais…

 

Quelques heures plus tard ce sont deux petits (très très) vieux qui se quitteront à l’aéroport de Nantes, où tout le monde se retourne sur leur passage chaotique ;

 

Mais des petits vieux… finishers !!

Bonheur.

 

 

Note : Le temps officiel sera de 32h58 :30, eh oui, 20 minutes de traversée décomptées, le petit cadeau final de l’organisation…

 

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Commentaires 1

Robocop78 le mardi 16 juillet 2019 08:22

Ce n'est pas la première fois que je lis ton récit. Je ressens toujours les mêmes frissons en parcourant ces chemins que nous avons arpentés ensemble. Il faudrait que je retrouve mon récit de cette édition pour la postérité.
J'y retourne en 2020... Et toi ?

Ce n'est pas la première fois que je lis ton récit. Je ressens toujours les mêmes frissons en parcourant ces chemins que nous avons arpentés ensemble. Il faudrait que je retrouve mon récit de cette édition pour la postérité. J'y retourne en 2020... Et toi ?
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dimanche 18 août 2019