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Un100km chez les Ch'tis

 

Si mon CV de marathonien est lui bien solide, je reste un jeune débutant dans la catégorie de l’Ultra. Je ne vais pas ici revenir sur mes déboires gastriques qui ont coupé court à mes premières tentatives sur la distance de 100km. Cette période semble mystérieusement révolue et j’en suis vraiment soulagé.

Les années accumulées m’ont obligé à accepter le lent déclin de mes performances chronométriques et mes records personnels sur 10km, semi et marathon ne sont désormais clairement plus envisageables. Pourtant, mon âme de compétiteur reste intacte et réaliser une bonne performance reste un motif important de ma satisfaction. C’est dans cet esprit (non JP ce n’est pas de toi que je parle), que le projet de battre le seul PB encore atteignable a vu le jour. Comme souvent dans les aventures, il faut un complice pour qu’elle devienne exaltante. Jean-No fait partie de ce cercle avec lequel il n’est pas nécessaire de négocier des heures pour s’accorder sur un nouveau défi. Nous avions tous deux l’envie de partager cet objectif et le choix de Steenwerck s’imposait malgré l’éloignement par sa réputation de parcours plat. Fort d’un record de 11h29 sur le parcours difficile de Millau, je me fixais de passer sous la barre des 11h00 ce qui correspondait aussi à l’objectif de Jean-No.

Rapidement, ce projet est devenu le point phare de mon premier semestre 2019. Après une campagne marathons de bonne facture, je me mettais en mode escargot à l’entraînement pour engranger les km. J’entraînais ainsi Bernard, mon compère Galopins dans cet allongement des sorties presque quotidiennes.

Direction Lille, merci au TGV de mettre la capitale nordiste à seulement 4h30 de Bordeaux. Jean-No et Laurence me récupère à la gare et nous rejoignons Steenwerck pour retirer nos dossards. La salle de sports est bien animée puisque la très grande majorité des participants vont prendre le départ du soir. C’est la particularité de cette épreuve qui, fidèle à son joli slogan : « Chacun sa course, chacun son rythme, mais tous le même chemin », propose deux départs pour la distance. Un premier le mercredi soir à 19h00 avec un délai de 24h00 pour relier l’arrivée et le second le jeudi matin à 6h00 où la barrière tombe à 13h00. Jean-No et moi sommes dans la course du matin qui compte moins de 100 inscrits alors que celle du soir en compte plus de 700.

Nous assistons au départ de la course Open dans une ambiance très conviviale au son d’une fanfare qui fait danser le fameux Géant, tradition folklorique de cette région riche en carnavals. Le long ruban des courageux arpenteurs de bitume s’étale lentement sur la première boucle sous un ciel gris et menaçant. Avant de regagner la voiture, nous profitons d’un ravitaillement sauvage proposé par une habitante avec de la bière locale et des grigri apéro qui ne semblent pas séduire les concurrents qui viennent de s’élancer. Malgré notre demande, cette sympathique steenwerckoise ne s’engagera pas à être toujours présente pour la course du matin.

L’ambiance du départ du matin est nettement plus calme et confidentielle. Le ciel est toujours gris mais la pluie qui a sévit cette nuit s’est désormais éloignée. Nous retrouvons Béa qui espère avoir récupéré des 6 jours de Hongrie.

Nous voilà partis sur un rythme calculé de 6’15 au km. Le circuit se compose d’un premier petit circuit bleu de 7km qui va nous permettre de traverser 2 fois le village avant de rejoindre les deux boucles (rose et jaune) qui seront à parcourir 3 fois. Le judicieux balisage se compose d’une ligne continue au sol dont la couleur est différenciée selon la boucle. Le petit peloton s’est vite étiré et j’ai plutôt l’impression d’être en queue de course. En compagnie de Jean-No et de Béa nous découvrons ces petites routes de campagne, certes charmantes, mais qui n’offrent pas un panorama mémorable. Les arrêts pipi qui ne sont pas toujours coordonnés avec mon compère nous éloignent parfois l’un de l’autre mais nous nous retrouvons aux ravitaillements où nous prenons toujours un peu de temps. Au premier retour dans la salle de sports qui est au centre des différentes boucles, la table de ravitaillement liquide est vide et une bénévole, visiblement dépassée par cette pénurie, ne nous propose que du lait. Impossible pour moi de sauter un ravitaillement sous peine d’hypothéquer la suite de l’épreuve. Nous demandons s’il est possible d’avoir juste de l’eau du robinet mais sans plus de succès. Nous sortons alors du circuit pour aller chiper de l’eau au robinet de la buvette installée au fond de la salle. Cet épisode étonnant qui nous a inquiété et un peu irrité ne sera, fort heureusement, que le seul couac dans l’organisation. Par la suite, nous profiterons largement de l’accueil des bénévoles dévoués à chaque ravitaillement avec des tables convenablement garnies. Les kilomètres passent et nous avons globalement un peu d’avance sur le plan de marche que tient scrupuleusement Jean-No. Mes sensations sont excellentes et le ciel toujours aussi gris me rassure même si le vent devient gênant par moments. Nous nous retrouvons souvent isolés et j’avoue que c’est sans doute pour moi le principal défaut de cette épreuve. Nous profitons des rares moments partagés avec d’autres coureurs pour échanger ne serait-ce que quelques mots qui nous font du bien. Nous accompagnons ainsi sur quelques centaines de mètres l’ami Jean-Michel, référence incontestable de la distance, qui fait partie de ces courageux qui sont partis la veille au soir. Nous retrouvons régulièrement un coureur adepte de la méthode « Cyrano » sous la forme 14’ de course pour 1’ de marche. Béatrice a disparu de notre groupe, j’apprendrai plus tard son abandon par suite de douleurs à l’estomac. Nous ne manquons pas d’immortaliser le passage au marathon atteint en un peu plus de 4h30. Ce parcours réputé plat est toutefois émaillé de quelques ponts qui enjambent autoroute ou voie ferrée. Oh ce ne sont certes pas des montées difficiles mais je veille bien à ralentir sur ces portions que nous retrouvons à chaque nouvelle boucle. Après la mi-parcours, nous retrouvons Laurence venue nous encourager et nous proposer son assistance logistique. Pour ma part, les voyants sont au vert, je me ravitaille en sucré avec une gomme Stimium tous les 10km et en salé avec quelques Tuc et morceaux de fromage proposés aux stands. Côté liquide, je privilégie désormais l’eau gazeuse qui me permet de mieux assimiler. Les rots sonores qui suivent chaque prise de liquide sont là pour témoigner du bon fonctionnement de mon système digestif. C’est tout d’abord imperceptiblement que mon allure s’accélère et ensuite assez nettement après le 60ème km. Je suis vraiment très à l’aise et un peu partagé sur la stratégie à venir. D’un côté je pense qu’il sera difficile de passer sous les 11h00 en respectant l’allure prévue puisque je vois bien que les arrêts aux ravitaillements sont désormais un peu plus longs mais aussi inquiet de me griser sur ce bon passage qui pourrait n’être qu’un leurre avant le coup de mou. Un autre facteur inattendu vient perturber mon bel optimisme, le soleil a fini par percer les nuages et les premiers effets d’une chaleur toute relative sont vite perçus par mon organisme. J’ai désormais perdu Jean-No. Laurence m’apprendra qu’il rencontre des difficultés d’alimentation. Cette fois, je suis bien seul et je me dis que c’est maintenant le mental qui doit me permettre de tenir puisque le corps ne semble pas donner de signes tangibles de faiblesse. Je suis maintenant dans la dernière boucle et un peu de lassitude s’installe. Je me focalise sur les étapes des ravitaillements qui sont à la fois un havre de rafraîchissement salvateur mais aussi un moment où la fameuse solitude du coureur de fond devient moins réelle. Après le 80ème km, une sensation de soif perpétuelle s’installe doucement. La bouche s’assèche trop rapidement après les ravitaillements et je regrette de ne pas avoir une gourde pour m’hydrater entre les points d’eau. Du coup, mon rythme s’effrite et le petit matelas d’avance si chèrement acquis fond au soleil bien installé dorénavant. Je perçois la chaleur de ses rayons sur mes épaules nues et je découvrirai plus tard que je vais pouvoir promener un beau bronzage agricole sur la plage de Carcans cet été. C’est bien complexe ce qui se passe dans la tête d’un coureur et la petite pensée que, finalement, cet objectif de passer sous les 11h00 est bien dérisoire s’est installée. Alors pourquoi ne pas profiter un peu plus longtemps de cet arrêt au ravitaillement pour m’asseoir ? Et pourquoi je ne marcherai pas un peu pour franchir ce dernier pont au-dessus de la voie du TGV ? En plus, ma montre m’affiche désormais un décalage de 2km de plus que le marquage officiel. C’est ballot, s’il ne tenait qu’à mon GPS, les 100km seraient bouclés en 10h52. C’est un truc à vous faire faire « une cahouete » (là, il n’y a que les CLM initiés qui pourront comprendre). La dernière ligne droite est là, j’entre dans la salle où le speaker annonce que je termine 37ème en 11h06’44. Je me sens vidé, épuisé plus mentalement que physiquement. A peine assis au ravitaillement d’arrivée, je suis pourtant pris d’un brusque moment de somnolence qui m’indique que mon corps réclame du repos.

Je retrouve Jean-Michel et Béatrice mais malgré l’envie, je serai incapable de boire la bière des finishers. Jean-No terminera en marchant avec Laurence. J’ai hâte de pouvoir m’allonger et dès notre retour à l’appartement, je m’écroule sur le lit et m’endors instantanément. Ma soirée se résumera à ces endormissements successifs entrecoupés de petits moments de réveil au cours desquels il ne me sera pas possible de manger quoi que ce soit.

En résumé de ce récit bien trop long, je tire un bilan mitigé de cette course. Côté positif, le record personnel est battu, ma préparation sans plan précis a été très agréable et la récupération semble plutôt bien se passer. Du côté des moins, un peu déçu par cette épreuve que j’imaginais plus animée, la barre des 11h00 n’est pas atteinte et cette nouvelle expérience ne m’a pas motivé à poursuivre sur cette distance.

La Diagonale des Yvelines 90 km
Poitiers 2019 – Un sage chrono tu viseras
 

Commentaires 6

Aïolirun le jeudi 6 juin 2019 14:58

Ben si t'es obligé d'être à millau pour le 50ieme ! Bravo Bikila pour la performance !

Ben si t'es obligé d'être à millau pour le 50ieme ! Bravo Bikila pour la performance !
Runnindoum le jeudi 6 juin 2019 15:14

C'est très valorisant de continuer à battre ses PB, bravo pour ce très beau chrono !
Aïoli a raison, c'est à Millau qu'il faut faire la fête ! (Mais pas au chrono?)

C'est très valorisant de continuer à battre ses PB, bravo pour ce très beau chrono ! Aïoli a raison, c'est à Millau qu'il faut faire la fête ! (Mais pas au chrono?)
LeGna le jeudi 6 juin 2019 16:18

Magnifique récit Olivier. Bravo pour cette performance et pour ta bafouille qui telle celles de Pagnol nous plonge complètement dans l'histoire.

Magnifique récit Olivier. Bravo pour cette performance et pour ta bafouille qui telle celles de Pagnol nous plonge complètement dans l'histoire. :D
LeGna le vendredi 7 juin 2019 14:20

Haut les cœurs CLM tous à Millau !!!!

Haut les cœurs CLM tous à Millau !!!! ;)
grenouille le vendredi 7 juin 2019 16:30

Bravo Bikila ! Tu as battu ton record c'est magnifique !! Et tu donnes bien envie de concourir, on verra si j'y arrive mais bien sûr très loin de ton temps !!
Bravo encore !

Bravo Bikila ! Tu as battu ton record c'est magnifique !! Et tu donnes bien envie de concourir, on verra si j'y arrive mais bien sûr très loin de ton temps !! Bravo encore !
ChriChri64 le dimanche 9 juin 2019 22:08

Bravo pour tes 10h52 façon «Kkwete »  ? Dommage que le soleil soit apparu car tu le tenais ton sub 11h. Dans ces conditions tu tiens un beau record, bravo !

Bravo pour tes 10h52 façon «Kkwete »  ? Dommage que le soleil soit apparu car tu le tenais ton sub 11h. Dans ces conditions tu tiens un beau record, bravo !
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Invité
mardi 16 juillet 2019