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Poitiers 2019 – Un sage chrono tu viseras

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Pour la 2ème année consécutive, une gentille invitation du marathon des Forts du Périgord m’amenait à Poitiers, et c’est ainsi que samedi après un peu de route, je débarquais au parc de Blossac pour retirer mon dossard, avec cette étrange sensation de vide puisque l’an dernier nous étions ici même un gros groupe de « Courir Le Monde » en fête, prêts à déguster un week-end d’anthologie sur les terres de Zeclown. Aujourd’hui ils sont presque tous dans les Alpes pour fêter le nouveau centenaire, Gilles l’Arlequin – Mozart…Donc je ne m’attardais pas, juste le temps de concourir à quelques tirages au sort de dossards en plus, et allais rejoindre la zone d’arrivée au parc du Futuroscope, d’où une navette m’emmènerait jusqu’au centre de Poitiers le lendemain à l’aube.

Dimanche matin, les bus déversent peu à peu des centaines de coureurs, et la place de l’hôtel de ville, zone de départ, se remplit. Les Kékés historiques et quelques CLM sont là, Jésus, Ma’dona, Jean-Michel la légende du 100bornes, Philippe le bagnard, Béa, Michel…

Mais aussi Sam des Epicurun33 qui prend le départ du semi.

Je cherche en vain Vincent vaillant pirate de Blaye…

C’est un marathon « sérieux » (en antagonisme de « festif »), le dernier c’était à Nouméa en août ; Cloué par une grosse blessure en septembre, je suis revenu tout doucement, et ai enchaîné tranquillement quelques marathons, des trails, et des festifs pour étancher ma soif de 42195. Aujourd’hui j’aimerais me rapprocher à nouveau des 4 heures, en tous cas moins de 4h15.

Et pour cela, pas de déguisement lourd, je revêtis ma tenue violette traditionnelle: tutu, petit chapeau à paillettes, crocs, une rouge et une bleue pour faire violet, manchons tatouages et t-shirt Laurette bien entendu. Le tout « discrètement » rehaussé d’un gros cœur dessiné sur la joue. Je ne peux pas m’empêcher de me peindre plus ou moins le visage désormais !!

La météo est clémente, printanière, et l’ambiance légère sur la place.

Le speaker repérant mes running shoes vient m’interviewer, ce qui me permet de tenter de démystifier la course à pied en crocs, qui étonne toujours autant… Je ne suis pas sûr d’avoir réussi !

 

Boum ! ¾ d’heure après le semi, le départ est donné.

Km 2, on traverse le parc de Blossac pour une première partie urbaine. Je pars relativement lentement, car depuis ma reprise cette année, je n’ai pas fait beaucoup de vitesse, et de plus une élongation à un ischio m’avait un peu cloué juste avant Blaye… Donc prudence, le but est de finir, et un sub 4h15 me comblerait. Donc un tempo qui vise environ 2h au semi. D’ailleurs la flamme des 4h est partie devant, je ne vais pas la revoir avant un bon bout de temps.

Il n’y a toujours pas beaucoup de public, c’est le reproche principal qu’on fera à ce marathon…

Km 10 – 57’30. J’ai mis le frein à main pour ne pas me faire emporter par cette relative facilité. Après une première boucle, on revient vers le départ pour rejoindre le quartier de la gare non sans avoir emprunté quelques passages pavés que je sens bien sous les crocs.

Impressionnante la traversée du viaduc Léon Blum qui surplombe la gare, surtout quand on regarde dessous le peloton qui est déjà en bas !

Juste avant la descente vers cette vallée de béton, Vincent me rejoint à la faveur d’une pause technique dans un des rares buissons du coin. Nous ferons un bon bout de chemin ensemble. Il  ambitionne en riant de faire deux fois moins de temps qu’à Blaye où il faut bien l’avouer nous avons la barre très haut (ou très bas, selon le point de vue…), à savoir 7h43 pour lui, et 7h44 pour moi !). Aaah, nous évoquons le souvenir ému de toutes ces libations pédestres…

Au bout du boulevard du Grand cerf, nous piquons à droite pour ce long aller–retour où je croise les moins de 3 heures en entrant, qui ont déjà 6 bons km d’avance ! Le soleil perce de plus en plus et la température suit… Vincent me distance petit à petit pour disparaitre de ma ligne de mire. Je rentre dans mon chapeau et j’avance, me disant que tant qu’il ne se passe rien, tout pas fait est du chemin parcouru…

Heureusement l’organisation aux petits oignons a prévu des ravitaillements et postes d’hydratation réguliers, les bénévoles sont disponibles et eux, nous encouragent de bon cœur. Ravitaillements traditionnels de fruits secs, pâtes de fruits et quartiers d’orange ainsi que de quoi me concocter mon « micocamio » fétiche qui suscite toujours autant de curiosité.

Mes crocs ont un franc succès et inspirent comme à l‘accoutumée des réflexions disparates :

Des « Ooooooh, t’as vu ses pompes ! », des « le pauvre il va avoir bien mal aux pieds », des « quel courage » des « il est fou ! », des rires…A un moment pendant longtemps j’ai suivi un gars en huaraches et on était seuls. Il fallait voir la tête des gens en le voyant, puis moi derrière !!

Ce long aller-retour nous permet de croiser du monde en permanence (c’est pour ça que je ne déteste pas les A/R, on est rarement seul, et il y a toujours du monde derrière !), et de voir défiler les grappes de coureurs agglutinés autour des flammes des pacers, 3h, 3h15, 3h30, 3h45… quand je croise celle des 4h, je me fais un point chrono pour estimer mon retard, il sera de 4 minutes, on doit être vers le km 20.

Semi passé en 2h02 pile, signaux au vert, l’ischio est silencieux mais la fatigue commence à pointer…C’est maintenant qu’on commence à tirer plein nord pour sortir de la ville vers le 23ème et longer le Clain jusqu’au km 30, qui marquera l’entrée dans Chasseneuil du Poitou.. S’en suivront de longs passages nature dans un silence assourdissant… je suis très vigilant sur ma foulée, car mon releveur gauche toujours convalescent (ça fait 8 mois que j’ai été opéré) me fait parfois faux bond et la croc’s frotte jusqu’à pouvoir me déséquilibrer. D’ailleurs j’ai de belles croûtes au genou suite à 2 gamelles retentissantes il y a 15 jours à Blaye en fin de course, fatigué (et bien éméché il faut le dire) que j’étais. Je ferai malgré cette vigilance 2 ou 3 petites embardées vite maitrisées. Un motard suiveur témoin d’un petit accroc me lance un «  pas facile les crocs pour courir, hein ? » Eh oui, c’est comme ça que se font les réputations… je lui réponds illico « pas un problème de chaussures, mais de releveur ! » Par ailleurs mon mollet gauche, très sollicité par une foulée plus avant-pied du fait dudit releveur fourbe, durcit significativement, et bien que je sois hélas maintenant habitué à cette sensation j’invoque Saint-Jogging pour qu’il ne lâche pas…

La route serpente entre champs et espaces plus ou moins industriels peu glamour avec une succession permanente de faux plats assassins qui nous rapprochent peu à peu du Futuroscope. J’aurai ainsi un total de 240D+ et 270D- à ma montre à l’arrivée ! Au km 33 j’ai rattrapé Vincent, qui trop confiant dans sa remontada a entendu son mollet faire « clac », le contraignant à marcher un long moment…  Le temps passe, les km défilent lentement, et comme je ne suis pas seul avec mes toutes les pensées qui me traversent l’esprit, me revient cette vieille réflexion qui je crois m’accompagnera jusqu’à mon dernier : « mais que c’est long, que c’est dur, un marathon »…

Je laisse Vincent en prenant rendez vous pour le selfie finisher. Dans ma tête les calculs s’enchaînent, et j’anticipe un sub 4h10. En fait un « 4h zéro-quelque chose » sonnerait très bien, et concrétiserait un 2ème semi pas trop mal maîtrisé. Je me fais des petits paris sur ce chrono… Les silhouettes des bâtiments emblématiques du Futuroscope se dévoilent peu à peu à notre vue, la sphère de l’Arena, le grand cube de verre de l’Omnimax, que l’on va frôler en entrant dans le parc…

Un dernier orchestre antillais bien endiablé essaye de ressusciter les morts dans les dernières longues lignes droites. Je me souviens que l’an dernier, je m’y étais arrêté pour goûter un petit rhum de derrière les fagots… Mais pas aujourd’hui !

Les derniers km sont là, c’est le money time, il faut s’arracher ! Et toujours ces faux plats montants, quand enfin le sommet de l’ultime butte dévoile l’arche d’arrivée cachée derrière un rond-point. Sous les hourrahs de la foule (enfin, du public !) je vais franchir la ligne en 4h08, soit 7 secondes de plus que le chrono de mon premier marathon il y a 2 ans, une statistique absolument essentielle pour les amateurs de chiffres.

Le speaker me reconnait et salue mon arrivée, on me remet une très belle médaille colorée et un coupe vent noir original de qualité, ainsi que … deux plants de melon, j’avais oublié cette attention originale !

Le temps de savourer et de souffler un peu, de grignoter quelques morceaux sucrés dont le fameux melon, de discuter avec mes comparses bien sûr tous au rendez-vous de la médaille, et après une douche à l’hôtel dont la patronne avait eu la gentillesse de me laisser ma chambre à disposition, je prenais l’autoroute pour, 3 heures plus tard, plonger dans un isoloir, je ne pouvais pas délaisser les étoiles de ma chère Europe, celle dont j’aime arpenter les capitales… au gré des marathons.

 

La Diagonale des Yvelines 90 km
Givry 2019 – Un meuretthon en famille
 

Commentaires 1

grenouille le mardi 4 juin 2019 04:18

Bravo pour ce nouvel opus ?? et ce récit toujours aussi bien écrit

Bravo pour ce nouvel opus ?? et ce récit toujours aussi bien écrit :D
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Invité
mardi 16 juillet 2019